Faire des affaires en Chine

Déposer une marque en Chine : le guide étape par étape pour les entreprises françaises

Votre produit sort de la chaîne de production en Chine sous votre logo habituel — mais, juridiquement, ce nom appartient depuis longtemps à un inconnu. Pour les chasseurs de marques d’autrui, ce n’est pas un accident : c’est un modèle économique bien rodé.


La Chine reste le principal atelier de la planète et l’un des marchés de consommation les plus vastes, mais le bouclier juridique sur votre marque ne s’active qu’une fois la procédure officielle achevée. Sautez cette étape et le droit exclusif reviendra à celui qui a déposé le premier : votre logo devient l’actif d’un tiers et votre propre production se transforme, formellement, en contrefaçon. Voici l’itinéraire concret, de l’idée au certificat : comment se déroule réellement la protection d’une marque auprès de l’Administration nationale de la propriété intellectuelle de Chine (CNIPA), où les déposants trébuchent le plus souvent et ce que coûte le parcours complet.

Pourquoi déposer une marque en Chine et qui est concerné

Sécuriser des droits sur un signe en Chine n’est pas une simple formalité administrative. C’est un contrôle réel sur vos canaux de distribution, sur l’image de l’entreprise et sur le droit élémentaire de vendre sous votre propre nom.

Déposer une marque en Chine : le guide étape par étape pour les entreprises françaises

Le risque d’opérer sans marque enregistrée

Tant qu’un signe n’appartient juridiquement à personne, n’importe qui peut vous devancer : votre usine sous-traitante, un distributeur ou un parfait inconnu. Le droit chinois se range du côté du premier déposant, et pour vous cela se traduit par une série d’ennuis :

  • un lot portant un logo « désormais étranger » risque d’être bloqué en douane à l’export ;
  • le nouveau titulaire verrouille la commercialisation du produit sur le territoire ;
  • il peut également enregistrer le signe dans d’autres pays et fermer vos débouchés à l’export ;
  • des contrefaçons portant votre propre signe peuvent remonter jusqu’à votre marché domestique.

Le scénario est d’une banalité douloureuse : un fabricant repère la marque porteuse de son client, la dépose discrètement en son nom, puis durcit les conditions ou évince purement et simplement le propriétaire d’origine. Défaire ce nœud a posteriori est long, coûteux et loin d’être toujours efficace.

Quand le dépôt est urgent, quand il peut attendre

Il ne faut surtout pas différer si la production est installée en Chine et que les ventes se font sous votre propre marque, en Chine ou à l’étranger. À l’inverse : si le produit ne porte aucun signe qui vous appartient et qu’aucune sortie du marché domestique n’est envisagée, le dépôt peut être repoussé — mais en gardant le risque à l’esprit.

Règle repère. Vous apposez votre marque sur un produit et dépendez de la Chine ne serait-ce que comme atelier ? Déposez avant le premier chargement, pas après le premier conflit.

Le principe du premier déposant : la règle centrale du système chinois

C’est ici que se situe l’écart décisif avec la logique à laquelle beaucoup sont habitués. En Chine, la priorité n’est pas déterminée par l’ancienneté d’usage, mais par la date de dépôt : le premier dossier arrivé au CNIPA emporte les droits sur la marque. Ni la notoriété, ni les années de vente, ni l’histoire du signe ne confèrent d’avantage en soi.

Déposer une marque en Chine : le guide étape par étape pour les entreprises françaises

D’où le principal danger : l’attentisme. Pendant que vous pesez l’opportunité d’un dépôt, quelqu’un d’autre dépose, et la loi lui donnera raison. Il faut jouer d’avance.

La priorité unioniste au titre de la Convention de Paris

La règle ménage une échappatoire légale. Lorsque le premier dépôt est effectué dans un État partie à la Convention de Paris (Paris et Pékin y adhèrent de longue date), un délai de six mois s’ouvre pendant lequel vous pouvez demander au CNIPA de reconnaître la priorité à compter de la date de votre premier dépôt.

Un exemple concret : en juillet, le dossier part à l’INPI ; en septembre, un inconnu réserve un signe voisin en Chine ; et vous ne déposez en Chine qu’en octobre. En revendiquant la priorité, vous ramenez votre date chinoise à juillet — et la marque reste la vôtre. Pour actionner ce levier, une revendication de priorité distincte est jointe au dépôt, accompagnée des pièces attestant le premier dépôt.

Quels signes peuvent être déposés

La Chine protège plusieurs types de signes, assortis d’exigences propres — et pour les marques étrangères s’ajoute une subtilité linguistique.

Types de marques et exigences

Peuvent être déposées :

  • la marque verbale — un nom, un slogan, une combinaison de lettres et de chiffres ;
  • la marque figurative — un logo, un symbole graphique, un dessin ;
  • la marque semi-figurative — du texte associé à un élément graphique ;
  • la marque tridimensionnelle — la forme reconnaissable d’un produit ou de son emballage ;
  • la marque sonore — une mélodie ou un signal audio caractéristique.

Le critère décisif est le caractère distinctif : la marque doit distinguer vos produits de ceux qui les entourent en rayon. Les odeurs ne sont pas enregistrables en Chine, et certaines catégories restent fermées au dépôt. Avant de déposer, le signe fait l’objet d’une recherche d’antériorités dans la base du CNIPA — l’objectif étant d’éviter un signe identique ou similaire au point de créer un risque de confusion.

La marque en caractères chinois

Voici le piège tendu aux étrangers : protéger la version en alphabet latin ne couvre pas automatiquement son double idéographique. Un tiers peut s’approprier la version « chinoise » de votre signe. L’adaptation emprunte trois voies : le sens (Apple est devenu 苹果, « pomme »), le son (McDonald’s — 麦当劳, Siemens — 西门子, Audi — 奥迪) ou la combinaison des deux (Coca-Cola — 可口可乐, qui s’entend comme « savoureux et joyeux »).

Les précédents instructifs ne manquent pas. Ralph Lauren a un temps été surnommé « le cheval à trois pattes » en Chine, le public ayant translittéré le nom de son propre chef. Quant au contentieux de New Balance autour de la version idéographique 新百伦, déposée avant elle par un tiers, il a coûté à l’entreprise une indemnisation de plusieurs millions. La morale est limpide : mieux vaut concevoir et déposer soi-même le nom chinois de sa marque plutôt que de le laisser au marché ou à la concurrence.

« L’idéogramme n’est pas un alphabet, où un signe passe du latin au cyrillique presque intact. Le nom chinois d’une marque doit être conçu de façon délibérée et déposé en tandem avec le signe principal — faute de quoi vous laissez une brèche à qui l’enregistrera à votre place », soulignent les spécialistes de la protection de la propriété intellectuelle en Chine.

Classes et sous-classes de Nice : ne pas se tromper de libellé

Le socle est la même classification de Nice qu’à l’INPI, avec une particularité chinoise : les classes se subdivisent en sous-classes — les 45 classes principales éclatent en quelque 1 500 subdivisions. Le dépôt mentionne la classe, la sous-classe et le libellé exact de chaque produit. Une erreur à ce stade fragilise directement la protection : la marque risque d’être couverte pour autre chose que ce que vous commercialisez réellement.

Déposer une marque en Chine : le guide étape par étape pour les entreprises françaises

Prenons une chaîne de maisons d’hôtes : elle retient la classe 43 (« services de restauration et d’hébergement temporaire »), sélectionne la sous-classe pertinente et inscrit un libellé précis — par exemple « location de logements temporaires ». Sans la bonne sous-classe, un service formellement voisin reste très facilement à découvert.

Attention. L’erreur la plus fréquente et la plus onéreuse chez les déposants étrangers reste un libellé de produits et services rédigé à la va-vite. Vérifiez les sous-classes avec votre mandataire en amont, plutôt que de rapiécer les trous une fois le refus reçu.

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  • Estimation des chances de dépôt
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Deux voies : dépôt national et système de Madrid

Une marque se sécurise en Chine par l’une de deux trajectoires — adresser le dossier directement au CNIPA, ou étendre à la Chine un enregistrement international déjà en cours via le protocole de Madrid. Dans les deux cas, toute personne sans établissement dans le pays agit par l’intermédiaire d’un mandataire agréé.

Déposer une marque en Chine : le guide étape par étape pour les entreprises françaises
CritèreVoie nationale (CNIPA)Système de Madrid (via l’OMPI)
Prérequis au départLa seule intention de sécuriser la marque en Chine suffitUne demande déposée ou un enregistrement de base en France
Lieu de dépôtDirectement auprès du CNIPA, via un mandataireDepuis la France, en désignant la Chine parmi les territoires
Souplesse sur les sous-classesPlus grande : le libellé est taillé pour les règles localesPlus limitée — il suit la demande de base
Quand elle convientQuand l’objectif se limite au marché chinoisQuand vous lancez dans plusieurs pays à la fois
CoûtPlus lisible pour une seule juridictionPlus avantageux si un dépôt couvre un ensemble de pays

La voie nationale s’impose quand la Chine est la cible principale ou unique. Le système de Madrid révèle son intérêt lorsque vous démarrez sur plusieurs marchés simultanément et souhaitez piloter le portefeuille depuis un point unique.

Le dépôt de marque en Chine, étape par étape

Vu de haut, le parcours se découpe en trois segments : la recherche d’antériorités, la constitution et le dépôt du dossier, l’examen suivi de la délivrance. Reprenons chacun.

Étape 1. Recherche dans la base du CNIPA

On commence par une recherche au registre du CNIPA — l’objectif est d’écarter en amont les signes identiques et ceux qui prêtent à confusion. Le registre chinois est colossal, si bien que les obstacles surgissent régulièrement. Une antériorité apparaît ? On retravaille le signe : modification d’un détail, renforcement de l’élément distinctif, ajustement du libellé. Cette recherche mobilise quelques jours ouvrés, mais préserve l’essentiel — le budget et le temps qu’un refus engloutirait.

Étape 2. Constitution du dossier et dépôt de la demande

Le dossier destiné au CNIPA rassemble généralement :

  • la demande, rédigée en chinois ;
  • la représentation du signe — nette et en résolution correcte ;
  • la liste des produits et services rattachée aux sous-classes ;
  • les pièces du déposant (extrait Kbis ou copie du passeport), avec traduction ;
  • le pouvoir donné au mandataire ;
  • les pièces relatives au premier dépôt, en cas de revendication de priorité unioniste.

Le déposant étranger n’accède à l’office qu’à travers un mandataire agréé, et l’intégralité des pièces est déposée en chinois — sans locuteur natif ni représentant compétent, la procédure ne tient pas debout.

Étape 3. Examen, publication et délivrance du certificat

Le CNIPA enclenche ensuite deux contrôles : l’examen formel (complétude et régularité du dossier) et l’examen au fond (caractère distinctif et conflits avec des signes antérieurs). Sans obstacle, le signe est publié au bulletin officiel, avec trois mois ouverts à l’opposition des tiers. Une décision défavorable, totale ou partielle, est susceptible de recours. En l’absence d’opposition, le déposant reçoit un certificat sous forme électronique : il fixe le droit exclusif pour dix ans, renouvelable ensuite.

Combien ça coûte et combien de temps

Le montant final se compose du nombre de classes et de libellés retenus, ainsi que de l’étendue de l’accompagnement juridique. Les délais se répartissent entre procédure ordinaire et accélérée.

Déposer une marque en Chine : le guide étape par étape pour les entreprises françaises
PosteOrdre de grandeur
Taxe officielle du CNIPA270 CNY par classe (dépôt électronique, jusqu’à 10 libellés) ; 300 CNY sur papier — soit environ 35–40 €
Libellés supplémentairessupplément de 27 à 30 CNY par libellé au-delà des dix inclus
Honoraires du mandataireà partir de ~450–500 € selon la complexité
Coût total par classeen pratique, de l’ordre de 170 à 280 € taxe et prestation de base comprises
Délai d’enregistrement (standard)environ 12 à 18 mois
Procédure accéléréede l’ordre de 6 à 9 mois moyennant supplément
Durée de protection10 ans, renouvelable

Important. Ces chiffres sont un repère issu de sources ouvertes, et non un tarif officiel. Le montant de la taxe dépend du libellé, aussi confirmez un devis actualisé (frais supplémentaires compris en cas de notification de l’office) auprès de votre mandataire avant le dépôt.

Après l’enregistrement : registre douanier et défense de la marque

Obtenir le certificat ne clôt pas le dossier : cela ouvre la phase défensive. Pour intercepter la contrefaçon à la frontière, la marque est inscrite au registre douanier chinois : sur ce fondement, la douane peut retenir des lots portant votre signe, y compris ceux qui partent à l’export. Parallèlement, il faut surveiller la marque et l’exploiter réellement — trois années consécutives d’inaction ouvrent à tout intéressé la voie de la déchéance pour défaut d’usage, et la charge de la preuve pèse sur le titulaire. Conservez donc systématiquement vos justificatifs : factures, catalogues, campagnes publicitaires.

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Gardez également en tête la réforme de 2019 : les autorités chinoises ont explicitement barré la route aux dépôts de mauvaise foi, en élargissant les motifs d’opposition comme de contestation des marques « détournées ». Les titulaires de bonne foi y ont nettement gagné — mais le principe « premier déposé, premier servi » reste, lui, pleinement en vigueur.

Prêt à déposer auprès de la CNIPA ?

  • Dépôt de marque clé en main
  • Suivi jusqu’au certificat
  • Marque protégée des copies
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Taïwan, Macao et Hong Kong : pourquoi un dépôt distinct s’impose

La protection acquise en Chine continentale n’atteint tout simplement pas Taïwan, Macao ni Hong Kong — chacun de ces territoires s’appuie sur son propre corpus de règles et tient son propre registre. Couvrir la marque sur tous les fronts ne se fait donc que d’une seule manière : par une demande autonome dans chacune de ces juridictions.

À Hong Kong, par exemple, la demande est adressée au département local de la propriété intellectuelle et suit son propre règlement, avec ses propres délais. Une entreprise qui détient une structure hongkongaise ou qui fait transiter ses opérations de commerce extérieur par Hong Kong a tout intérêt à verrouiller les deux zones d’un coup — continentale et hongkongaise — pour ne laisser aucune brèche.

Le système chinois récompense les rapides : la marque revient au premier déposant, non à celui qui l’a exploitée le plus longtemps. Pour que la protection joue vraiment, trois conditions doivent converger — un nom chinois réfléchi, un libellé solide avec les bonnes sous-classes et l’appui d’un mandataire agréé. Ensuite vient le cheminement connu : recherche dans la base du CNIPA, dépôt, examen et un certificat décennal, suivis de l’inscription douanière et du suivi de l’usage. Le report coûte ici presque toujours plus cher que la procédure elle-même : déposez donc en avance, avant que quelqu’un d’autre ne le fasse.

Sergey Konon, expert en propriété intellectuelle

Questions fréquentes

1. Faut-il résider en Chine pour y déposer une marque ?

Non. Une société étrangère comme une personne physique peuvent déposer, mais exclusivement par l’intermédiaire d’un mandataire agréé en Chine — le déposant étranger ne s’adresse pas directement au CNIPA.

2. La version latine de ma marque protège-t-elle son écriture en caractères chinois ?

Non, il s’agit juridiquement de deux signes distincts. La version idéographique se conçoit et se dépose séparément, sous peine d’être captée par un tiers.

3. Que se passe-t-il si je n’exploite pas la marque enregistrée ?

Trois années consécutives sans usage permettent à tout intéressé de demander la déchéance pour défaut d’exploitation. Il faut donc exploiter réellement le signe et en conserver les preuves, la charge de la preuve incombant au titulaire.

4. Quelle est la durée de l’enregistrement et peut-on le renouveler ?

Le certificat produit effet pendant 10 ans à compter de l’enregistrement, puis se renouvelle par périodes décennales sur demande présentée en temps utile et paiement de la taxe.

5. Un enregistrement en Chine continentale suffit-il à me protéger à Hong Kong ?

Non. Hong Kong, Macao et Taïwan sont des juridictions distinctes, et chacune requiert une demande séparée auprès du registre correspondant.

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